Note de conjoncture 1er semestre 2024

 

Des marchés haussiers en début d’année et des menaces de récession aux US

Après un début d'année en forte hausse, les marchés vacillent sous l'effet des baisses de taux et des craintes de récession aux États-Unis. La volatilité s'accentue, laissant l'économie mondiale à la croisée des chemins.

L’objectif de ce premier semestre 2024 pour les banques centrales a été de contrôler la baisse des taux pour ne pas voire un retour de l’inflation. La Banque Centrale Européenne a donc baissé une fois son taux directeur (de 0,25 points) et la FED prévoit deux baisses d’ici la fin d’année. En début d’année, le marché prévoyait plus de baisse que cela, l’économie des Etats-Unis s’est montrée plus résiliente qu’attendu. En effet, le taux d’inflation a (peu) diminué durant ce premier semestre 2024 en commençant avec un taux de 2,8% en janvier pour passer à 2,5% en juin dans la zone euro. Cette baisse timide a poussé la Banque Centrale Européenne à ne faire qu’une seule baisse de taux. Les investisseurs attendent encore plusieurs baisses de ce taux pour le second semestre 2024.

Observons les réactions des institutions financières sur la dette française. Pour le FMI, « sans ajustement sérieux » de la trajectoire budgétaire, « il va être difficile d’atteindre les objectifs d’un retour du déficit à 3% du PIB en 2027 ». Pierre-Olivier Gourinchas (conseiller économique du FMI) rappelle que la France a été placée mi-juin en procédure de déficit excessif par la Commission européenne.

Les agences de notations ont également réagi en mai dernier à l’enfoncement de la dette française. En effet, Standard & Poor’s (agence la plus importante) a abaissé la note qui évalue la qualité de la dette française. C’est la première fois depuis 2013 que Standar & Poor’s dégrade la note souveraine française. Nous avons maintenant le même score que la Rébuplique tchèque ou l’Estonie, la note reste néanmoins parmi les meilleures du barème des agences. La mise en garde des institutions financières, nous poussent à rester prudent et se méfier des impacts que pourrait avoir cette dette qui augmente constamment.

A plus long terme, une victoire de Donald Trump aux élections américaines pourrait avoir plusieurs répercussions économiques, concentrons-nous sur les impacts possibles à l’international. Une poursuite de la déréglementation, notamment dans les secteurs de l'énergie, pourrait encourager les investissements dans les énergies fossiles, et donc augmenter les risques environnementaux en ne respectant pas les accords de Paris. Concernant l’exportation des produits européens, une augmentation des droits de douane et des barrières commerciales pourrait entraîner une augmentation des coûts pour les consommateurs et les entreprises. Enfin, les tensions commerciales prolongées avec la Chine pourraient perturber les chaînes d'approvisionnement mondiales, augmenter les coûts de production et ralentir la croissance mondiale. Même si les sondages le donnent pour l’instant gagnant nous restons prudents, la campagne présidentielle américaine est encore longue et les sondages peuvent se tromper.

Depuis plus d’un an, la Chine ne voulait pas mettre en place de plan de relance, résultat elle n’arrive pas à repartir. L'immobilier continue à peser sur les ménages, les acteurs du secteur et les banques. Et les prix ne rebondissent toujours pas tant l'offre est surabondante. Malgré le fait que les entreprises d'État ont été "autorisées" à acheter sur le marché des biens immobiliers invendus. Mais les prix du neuf ont tout de même chuté de 4.5% le mois dernier. La Chine a attendu pour intervenir, mais aujourd'hui elle n'a plus le choix : l'économie ne rebondira pas seule. Parallèlement, son voisin, l’Inde ne s’arrête plus. Entre mai 2020 et janvier 2024, le MSCI India affiche une performance annualisée de 26,7 %, soit le double du MSCI World. Au-delà des chiffres économiques, ce « buzz » indien s’est également vu renforcé en 2023 par plusieurs évènements marquants : l’Inde a accueilli le G20, elle est devenue le 1er pays mondial en termes de population et le 4ème marché boursier mondial.

Avec une hausse de 20 % depuis le début de l’année, l’or progresse chaque jour un peu plus. Et pourtant l'inflation recule alors que l'or est souvent présenté comme un placement anti-inflation. De nombreux facteurs alimentent cette dernière vague de hausse. L’or est acheté en grande quantité par les banques centrales des pays comme la Chine qui alimente la hausse de l'or. Et ces achats s'accélèrent à l'approche des élections. Les pays comme la Chine, la Russie ou encore l'Iran tentent de se dédollariser autant que possible pour ne pas être affaiblis avec les sanctions américaines. La Chine craint Trump et elle stocke de l'or dans ses réserves.

Les Actions

L'indice boursier de référence en France, le CAC 40, a terminé le premier semestre 2024 sur une perte de plus de 1 %, malgré un bon début d'année 2024. Après avoir gagné plus de 8 % entre janvier et mars 2024, le CAC 40 a chuté de plus de 9 % entre avril et juin 2024. Le seul mois de juin 2024 a vu une baisse de plus de 6 %, marquant la pire performance mensuelle de l'indice CAC 40 depuis juin 2022, où il avait chuté de plus de 8 %.

Malgré le ralentissement généralisé, certaines valeurs du CAC 40 ont réussi à générer de solides performances au cours des six premiers mois de l'année comme Renault (+32 %), Safran (+27 %) ou encore Schneider Electric (+24 %). Et le CAC 40 a atteint un nouveau sommet historique en mai 2024, atteignant les 8253 points, avant de redescendre à 7 550 fin juin 2024.

Le résultat des autres bourses mondiales :

·     Le NASDAQ + 19,7 %, soutenu par les ses leaders (Nvidia, Meta, Microsoft,..) le Nasdaq signe une très bonne performance pour le premier semestre.

·     La bourse japonaise Nikkei + 19,32%.

·     La London Stock Exchange + 5,80 %.

Les Obligations

Nous restons positifs sur le risque de crédit car les marchés obligataires continuent d'offrir des performances attractives avec une faible volatilité. En Europe, les sociétés de gestion privilégient une double approche, avec une duration longue dans l'Investment Grade* et une duration courte dans le High Yield** pour bénéficier de la tendance.

*Invesment Grade : Ils correspondent aux meilleures obligations selon les agences de notations. Plus la note est élevée plus le risque est faible.

**High Yield : Les obligations à haut rendement (ou « high yield ») sont des obligations d’entreprises émises par des sociétés ayant reçu d’une agence de notation une note faible. Compte tenu de leur risque de défaut plus élevé, elles ne font pas partie de la catégorie des obligations « investment grade ».

L’immobilier

Le marché français reprendrait-il quelques couleurs ? Nous aimerions vous répondre positivement. Mais nous préférons rester prudent. La remontée des prix en cette fin de semestre - aussi infime soit elle - se produit alors même que les taux de crédit restent élevés (3,8% en moyenne sur vingt ans). Ce qui entraîne une situation d’attentisme, tant du côté des vendeurs que des acheteurs. Les premiers rechignent à baisser le prix de leur bien. Les seconds peinent à obtenir leur crédit et tentent sans relâche de négocier. Alors forcément, les transactions traînent en longueur. Les délais de vente ont bondi : il faut désormais 72 jours en moyenne, soit sept jours de plus qu'il y a deux ans.

Néanmoins, la production de prêts a progressé de 12,2% au deuxième trimestre, par comparaison au premier. Les conditions de financement commencent à s’améliorer pour les acquéreurs, et les banques retrouvent de l’appétit pour prêter. Le taux moyen des prêts à l’habitat, toutes durées confondues, est retombé à 3,66% à fin juin, après un pic de 4.20% en décembre 2023. Face aux incertitudes politiques, certains ménages pourraient être tentés de repousser (encore) leur projet d’achat. Sur un marché déjà grippé.

Pour les chiffres, notons que 72% des logements acquis au cours du premier semestre 2024 se négocient en dessous de 300 000 €. En cela, on observe un déplacement du cœur du marché vers des biens plus abordables. Concernant les profils d’acheteurs, les primo-accédants représentent 29% des acquisitions, les secundo-accédants 54%, et les investisseurs 17%. L’immobilier 2024 connaît une baisse moyenne des prix de 4,1% sur un an. Cette diminution est plus prononcée pour les maisons (-6,8%) que pour les appartements (-1,7%). Paris voit ses prix reculer de 5,3%, avec désormais 10 arrondissements sur 20 sous la barre des 10 000 €/m².

Pour conclure, le secteur immobilier en France a continué à souffrir des taux d'emprunt élevés, bien que des signes de stabilisation commencent à apparaître avec la réduction des taux de certains grands prêteurs. La demande reste faible, mais les prévisions indiquent une reprise progressive avec les possibles baisse de taux à venir.

A noter également 

Un décret d’application de la loi sur le partage de la valeur dans l’entreprise crée trois nouveaux cas de déblocage anticipé de l’épargne salariale placée.

Le Bitcoin enregistre une performance de 35,6 % sur la même période. Le Brent (pétrole) augmente de 5,5 % depuis le premier janvier.

Les fusions et acquisitions ont rebondi aux États-Unis. Et les banques d'affaires en profitent largement.
À commencer par Goldman Sachs qui a vu ses profits augmenter de 150% au deuxième trimestre de l'année. Plus de 2.8 milliards $ de bénéfices.

Actualité du moi d’août

La FED (Réserve Nationale des Etats-Unis) ne baisse toujours pas ses taux. Les consommateurs américains, qui ont longtemps résisté, marquent maintenant un ralentissement dans leurs dépenses. Par conséquent, les résultats des entreprises déçoivent et les investisseurs craignent que les Etats-Unis n’entrent en récession.

Résultat : des marchés mondiaux en forte baisse la semaine dernière. Et en hausse ces trois derniers jours. Nous pensons que les marchés resteront volatils pour les six prochains mois, et que le début de l’année 2025 sera propice pour investir dans des placements de très bonne qualité et qui seront « bradés ».

Vendredi dernier, toutes les grandes banques relevaient significativement leur probabilité de récession.
Et hier, ce sont à nouveau les chiffres des demandes d'allocation chômage qui ont rassuré les investisseurs.

Même dans les journaux financiers les plus sérieux, les titres indiquant « Les marchés en chute libre sur des anticipations de récession aux États-Unis » sont passés en quelques heures à « Le rebond des marchés alimenté par une économie américaine résiliente ».

En une semaine, la situation est donc passée de « pas de récession aux US » à « récession aux US » à, à nouveau, « pas de récession aux US ». Et cela va probablement encore changer. Les raisons de ces variations massives des marchés sont notamment le fait que nous soyons en août, avec une liquidité plus faible, et surtout que la vaste majorité des « trades » sont faits aujourd'hui par des algorithmes. Ces derniers amplifient très largement les baisses comme les hausses, comme cela a pu être constaté cette semaine. Il ne faut pas changer d'anticipations au gré des variations de marchés, aussi spectaculaires soient-elles. Il faut garder le cap. C'est ce que nous faisons, avec des anticipations de baisse de l'inflation à 2% avant la fin de l'année, des baisses de taux des banques centrales et d'un grand ralentissement économique mondial. Les fluctuations de cette semaine n'ont pas changé nos perspectives.

 
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