Artemisia, héroïne de l’art. Musée Jacquemart-André
Du 19 mars au 3 août 2025
Artemisia Gentileschi (1593-1656), Ulysse reconnaissant Achille parmi les filles de Lycomède, 1640, huile sur toile, Collection particulière
L’exposition Artemisia, héroïne de l’art au musée Jacquemart-André met à l'honneur une artiste encore trop méconnue du grand public, mais qui a pourtant marqué l’histoire de l’art : Artemisia Gentileschi (1593-1656). Figure majeure de l’art baroque et l’une des artistes italiennes les plus renommées du XVIIe siècle, elle se distingue dans un monde où la peinture était alors largement dominée par les hommes. À travers une quarantaine d'œuvres, l'exposition témoigne non seulement de son talent exceptionnel, mais aussi de la place unique qu’elle occupait parmi ses contemporains.
Les débuts d'Artemisia : l'héritage artistique de son père
Née à Rome en 1593, Artemisia Gentileschi est la fille aînée de Prudenzia di Rossi et d’Orazio Gentileschi (1563-1639), un artiste majeur de son époque. La première salle de l'exposition présente notamment des œuvres d’Orazio, dont le style était profondément influencé par Caravage (1571-1610), qu’il a personnellement côtoyé. Orazio connut une grande renommée en Europe, comme en témoigne la commande de Marie de Médicis pour le décor du palais du Luxembourg, avec l'œuvre La Félicité publique triomphant des dangers (peinte entre 1600 et 1625). Grâce à l’utilisation audacieuse de la perspective da sotto in su, c’est-à-dire « vue de dessous », l’artiste accentue la majesté du sujet, faisant ainsi preuve d'une grande ingéniosité et d’une maîtrise technique remarquable.
Une artiste précoce formée dans l'atelier familial
Artemisia fut formée par son père dans l'atelier familial, situé à l'intérieur même de leur maison, où elle s'imprégna de son style et de ses techniques. Très vite, elle maîtrisa les codes artistiques et parvint à un niveau comparable à celui de son père. Cela se manifeste notamment par sa peinture Suzanne et les vieillards (1610), qu’elle réalise à l'âge de 17 ans et qui fut longtemps attribuée à Orazio, tant l’ingéniosité de sa composition semblait dépasser les capacités d’une jeune fille. Bien qu’Artemisia s’inspire directement de son père, en s’appuyant sur un dessin préalable de ce dernier, l'œuvre témoigne de son talent propre. Le mouvement de Suzanne, qui lutte contre les vieillards, semble s'inspirer de la célèbre scène de Michel-Ange (1475-1564) représentant Adam repoussant l'ange vengeur, peinte au plafond de la chapelle Sixtine. Cette même posture se retrouve également dans la peinture de David et Goliath réalisée par son père, Orazio, vers 1605-1607.
Le traumatisme du procès contre Agostino Tassi
En 1611, Artemisia Gentileschi fut victime d'une agression sexuelle par Agostino Tassi (1578-1644), un peintre et collaborateur de son père. Suite à cet événement, Orazio, intenta un procès contre Tassi, un processus particulièrement traumatisant pour Artemisia, qui dut affronter une humiliation supplémentaire. Bien que Tassi fût déclaré coupable, il bénéficia de l'influence de ses relations, notamment avec le pape, et ne purgea pas la totalité de sa peine. Cet événement marqua profondément l’artiste et son traumatisme se refléta dans son art, notamment à travers le choix de ses sujets. Artemisia a très souvent peint Judith, une figure considérée comme le pendant féminin du David, comme en atteste l’œuvre Judith et sa servante avec la tête d’Holopherne peinte vers 1640-1642 et exposée au musée Jacquemart-André. Dans ses œuvres, Artemisia ne dépeint pas les femmes comme de simples victimes, mais comme des figures fortes et puissantes. L’artiste explore fréquemment des scènes où la femme triomphe de l'homme par sa ruse et sa détermination, comme dans Yaël et Siséra, peinte en 1620. Dans cette scène biblique, la princesse juive Yaël profite du sommeil de Siséra, le chef de l’armée cananéenne, pour lui enfoncer un clou dans la tête, permettant ainsi la victoire d'Israël.
L'influence du Caravage sur l'art d'Artemisia
L'influence du Caravage sur Artemisia Gentileschi est indéniable, et elle a probablement rencontré le maître lombard étant jeune. Son père, Orazio Gentileschi, fut lui-même un grand admirateur et un disciple du Caravage, comme en témoigne sa propre œuvre Le Couronnement d’épines (1613-1615), présentée au Musée Jacquemart-André en écho à celle du Caravage. Orazio reprend la composition et le clair-obscur caractéristiques du maître lombard, mais atténue la violence de la scène. Artemisia, quant à elle, s’impose comme la seule femme à avoir été une véritable disciple du Caravage, puisant dans ses techniques du clair-obscur pour créer des œuvres d'une grande intensité émotionnelle et dramatique. En 1620, alors qu’elle est à Rome, elle fréquente le cercle des peintres caravagesques, notamment le français Simon Vouet (1590-1649) et Nicolas Régnier (1591-1667), s’imprégnant davantage de cette influence avant de développer une touche plus intimiste et personnelle. Un exemple frappant de l’impact du Caravage sur son travail se trouve dans Ulysse reconnaissant Achille parmi les filles de Lycomède (1640), où l’artiste met en scène un épisode tiré de l’Achilléide de Stace. Dans cette histoire, Achille, pour échapper à son destin de héros de guerre, se cache parmi les filles du roi Lycomède, se déguisant en femme. Ulysse, ayant eu vent de cette ruse, se rend à la cour de Lycomède déguisé en marchand. Il propose des cadeaux aux princesses, parmi lesquels des armes. En voyant ces dernières, Achille ne peut s'empêcher de les saisir, trahissant ainsi son déguisement et se faisant ainsi démasquer. Dans cette œuvre, le clair-obscur est utilisé pour accentuer la tension dramatique : la lumière frappe vivement la nappe et le dos des princesses, tandis que l’obscurité environnante renforce l’intensité de la scène.
La reconnaissance de son talent auprès de ses pairs
Artemisia Gentileschi fut l'une des rares femmes artistes à jouir d'une reconnaissance substantielle de son vivant, un fait remarquable à une époque où la peinture était largement dominée par les hommes. Elle parvint à s'imposer dans le milieu artistique, non seulement en Italie, mais également à travers toute l'Europe. Son talent exceptionnel et sa maîtrise du clair-obscur lui valurent des commandes de mécènes influents, tels que Charles Ier d'Angleterre (1600-1649), Cosme II de Médicis (1590-1621), le duc de Bavière (1548-1626), et Philippe IV d'Espagne (1605-1665). Un exemple frappant de sa reconnaissance est l'anecdote de son ami et homme de lettres Michelangelo Buonarroti (1475-1564), qui lui commanda l'œuvre L'Allégorie de l'Inclinaison peinte entre 1615 et 1616. Impressionné par le réalisme et la virtuosité technique d’Artemisia, Buonarroti lui versa un cachet trois fois supérieur à celui de ses homologues masculins, affirmant ainsi son respect et son admiration pour l’artiste. À partir de 1630, Artemisia dirigera son propre atelier à Naples, un accomplissement exceptionnel pour une femme à l’époque. De plus, contrairement à de nombreuses femmes peintres de son temps, qui se limitaient souvent aux genres du portrait et de la nature morte, Artemisia fait preuve d'une audace rare en s'attaquant à des sujets plus ambitieux, tels que des scènes bibliques et mythologiques, un domaine généralement dominé par les hommes.
Conclusion
L’exposition Artemisia, héroïne de l’art au musée Jacquemart-André est l’occasion de redécouvrir une artiste talentueuse et déterminée qui, malgré les obstacles de son époque, a su s’imposer dans le monde de l’art. Son œuvre, marquée par la puissance de ses figures féminines et sa maîtrise du clair-obscur, reflète sa vision unique et son engagement artistique.
Article rédigé par Marie Naudy
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